Le sujet des écrans est sur toutes les chaînes, sur toutes les bouches. Des chiffres alertent, des rapports inquiètent - à juste titre - des approches cognitives expliquent le phénomène. Pourquoi ne dit-on pas aussi que tout cet illimité, en termes de données, de pouvoir faire et pouvoir voir, de temps de connexion, vient répondre à la plus grande des angoisses de l'humain : l'angoisse de mort ?
Les écrans sont devenus pour nous une promesse d'illimité et, quelque part, d'éternité. Éternel - internet : ces deux mots ne s'embrassent-ils pas ? Notre inconscient, lui, les entend et s'en empare pour soulager les angoisses de séparation, de ce qui s'arrête dans la vie, du temps qui passe.
Le problème majeur que nous rencontrons avec nos écrans, c'est la difficulté à s'en passer - certes comme d'un doudou - mais aussi et surtout d'arrêter. C'est bien au moment d'arrêter que les enfants, les adolescents résistent et que les problèmes commencent. Que les adultes cèdent à un encore un peu qui se transforme en heures de connexion.
Oui, les écrans font oublier que la vie est limitée et le temps compté. Dans l'espace numérique, on peut vivre sans compter le temps et oublier que ça s'arrête. Les écrans, avec leur conception atemporelle, nous donnent le ressenti qu'il existe un espace où la mort n'est pas, où il n'est pas besoin de compter le temps, où les conséquences n'existent plus. Un temps suspendu. Toutes les angoisses de l'humain sont anesthésiées par le numérique : plus de temporalité, plus d'effort, plus d'attente - un espace illimité, dans l'immédiateté et sans contraintes.
Si personne ne tient compte de cet élément majeur dans la lutte contre l'hyperconnexion, rien ne pourra être concrètement combattu et il sera impossible de reprendre le dessus. Traiter la problématique des écrans, ce n'est pas seulement limiter le temps de connexion, mais aussi réapprendre à bien vivre dans le réel et sa temporalité. C'est accepter d'être un humain limité mais vivant, plutôt qu'un homme connecté mais consumé.