Nous parlons beaucoup aujourd’hui d’addiction aux écrans, d’hyperconnexion ou de dépendance numérique. Et ces difficultés sont bien réelles. Mais au fil de milliers d'heures de présence clinique, ce que je constate ne ressemble plus seulement à ce que l’on nomme addiction.
C’est devenu bien plus grave et profond : Nous sommes en train de devenir intolérants au réel. Le calme devient difficile. L’attente devient inconfortable. L’ennui devient insupportable. Le silence paraît vide.
Et tout ce qui ralentit semble perdre peu à peu de son pouvoir d’attraction.
Progressivement, notre cerveau s’habitue à un niveau de stimulation permanent :
notifications,
scroll infini,
vidéos courtes,
alternance rapide des contenus,
hyper-sollicitations constantes.
À terme, cela peut modifier :
notre attention,
notre rapport au temps,
notre capacité à ralentir,
notre présence aux autres,
et même notre capacité à habiter pleinement notre propre vie.
Chez les adolescents comme chez les adultes, cela peut se traduire par :
une difficulté à décrocher,
une agitation intérieure,
une fatigue psychique,
une perte d’intérêt pour les activités réelles,
un besoin croissant de stimulation,
ou une sensation de vide dès que l’écran s’éteint.
Réduire les écrans ne suffit donc pas car le problème n’est pas uniquement l’usage addictif. Il est devenu une difficulté croissante à supporter : le vide, la continuité, la lenteur, le calme et plus largement la vie réelle lorsqu’elle n’est plus constamment stimulée.
C’est à cet endroit que se rencontrent l’addiction numérique et le Fugitisme : l’exil progressif du réel à l’ère numérique.
Mon travail consiste à accompagner enfants, adolescents, adultes et familles face aux usages problématiques du numérique, tout en aidant à retrouver une capacité à vivre pleinement hors écran.
Réapprendre à ralentir.
Retrouver une attention plus stable.
Réhabiter le réel.
Pendant que l’on s’occupait uniquement de l’objet numérique et de son éducation, nous avons laissé de côté l’humain et ses besoins. L’erreur est la : avoir voulu faire rentrer à tout prix la personne dans l’usage du numérique sans tenir compte de ses besoins humains ni de la temporalité du réel.
Mon approche consiste non seulement à traiter l’usage addictif mais aussi à réintroduire une véritable éducation au réel et à la temporalité, et à positionner les écrans en fonction et pas avant tout ni envers et contre tout.
de pratique clinique
de recherche sur les écrans
publiés


J’ai appelé Fugitisme cette tendance contemporaine à fuir progressivement le réel au profit d’univers numériques plus rapides, plus stimulants, plus contrôlables et émotionnellement plus immédiats.
Le Fugitisme ne désigne pas uniquement une addiction.
Il décrit une désadaptation progressive au réel :
Articles et ressources sur la cyberaddiction et le bien-être digital.
Contenu vidéos éducatifs sur la cyberaddiction et le bien-être numérique.
Épisodes thématiques pour comprendre et agir face aux addictions numériques.
Je suis psychologue clinicienne depuis vingt-cinq ans.
Depuis plus de quinze ans, j’explore, en pratique et en réflexion, les effets du numérique sur la vie psychique, le rapport au temps et la présence au monde.
Dès les premières manifestations cliniques du phénomène, j’ai été amenée à travailler sur les conduites d’addiction liées aux écrans, à une époque où ces usages n’étaient ni stabilisés, ni véritablement pensés.
Cette antériorité m’a permis d’en suivre les évolutions, les déplacements mais aussi les angles morts.
Peu à peu, une limite s’est imposée : réduire ces transformations à la seule question de l’addiction ne permet plus d’en rendre compte.

Les écrans nous ramènent à l’enfance, nous transformant en Benjamin Button modernes. Immergés dans une bulle numérique, nous perdons la notion du temps comme des fœtus bercés dans un pixel amniotique où notre perception du temps et de la réalité est déformée.